ANTIQUITÉS CHINOISES : LAQUE ET OCCIDENT

En France, ce sont les ambassades du Siam, chargées d’œuvres laquées, qui créèrent le premier engouement de la cour à Versailles pour cette matière.   

Le mot occidental « laque » apparaît d’abord dans les comptoirs des îles du sud de l’Inde. Il dérive sans doute du nom de la déesse Lakshmi, d’où dérive aussi le nom de ces îles aux eaux d’une transparence irréelle : les Laquedives.

Meuble chinois. Armoire laquée noir et incrustée d’or. Rue de Siam.

La porte de la France sur le monde était alors le port de Brest d’où partaient les expéditions maritimes. Et c’est en raison de l’influence considérable de ces échanges sur la culture française, qui assimilera alors les formes et techniques d’Asie, qu’en 1994, notre entreprise a pris le nom de cette avenue emblématique de Bretagne : Rue de Siam.

La découverte de la laque va révolutionner le design occidental, mais aussi en rendre la lecture très complexe, entourée de mystères, entretenus à la fois volontairement et par ignorance par les Merciers (nom donné durant le Grand Siècle aux marchands de meubles vernis), et leurs fournisseurs. 

Les marchands n’allaient pas à l’origine des choses (sauf Marco Polo peut-être). Transportés par caravanes le long de la Route de la Soie, ou plus par bateaux, les produits changeaient plusieurs fois de mains et donc d’histoires. 

C’est ainsi que la croyance se répandra que l’origine de la laque étaient indienne et que son lieu de fabrication était dans ses comptoirs occidentaux, dont Coromandel. 

Tromperie ou ignorance, les Merciers vont donc appeler « laque de Coromandel » des œuvres chinoises.

Quand l’Occident copiait l’Asie

Aussi, dans un esprit typiquement français, le nom des laques sera masculin quand appliqué à un objet vernis : un laque, et féminin quand utilisé pour le produit brut : la laque. (Par soucis de clarté, nous utiliserons le mot féminin, la laque, couramment utilisée dans le langage du XXIème siècle). 

Ainsi, les Monarques et Cours occidentales raffolaient des laques.

Les navires étaient rares, et la place à bord très onéreuse, le commerce était d’abord celui des épices et des joyaux. Jusqu’au XXème siècle et l’apparition des containers, très peu de meubles d’Asie faisaient le voyage. Dans certains ateliers, des menuisiers ont donc utilisé des panneaux de laque, plaques en deux dimensions, légers et peu volumineux pour les insérer dans des structures fabriquées en France. C’est ainsi que le style chinoisant vit le jour : deux panneaux chinois pour les portes, un dessus en marbre, des côtés vernis en imitation laque et des ornements en bronze inspirés des arts d’Asie pour lier le tout.

Armoire (médaillier) avec panneaux de laque chinois, enchâssés dans un décor de marqueterie Boulle des années 1720.

La brillance, la transparence, la capacité de la laque à produire des effets de lumière comme le fameux sfumato de la Joconde, ont déplacé son utilisation d’un verni de protection à une matière de luxe

Matière de luxe car rare, et qui nécessite une technique longue et complexe, la laque va être adoptée par les Japonais et les Coréens qui en seront les principaux centres à partir du  XIXème siècle, alors que la Chine connait des troubles politiques et économiques. 

La beauté des laques naît de la profondeur créée par de multiples glacis très fins. Chaque passe peut être teintée différemment et contenir des paillettes de métaux, voire des éclats de pierres. Si une couche est trop épaisse, le séchage est défectueux et un voile blanc opacifie la surface. Chaque couche est poncée pour augmenter sa brillance. Plusieurs mois sont ainsi nécessaires à la production de ses objets de luxe. 

En Occident, pendant longtemps, les ébénistes ne parviendront pas à maitriser un approvisionnement de qualité ; aussi, le climat n’est pas adapté car le séchage de la laque requiert une température et une hygrométrie très difficile à réaliser. 

Pour essayer d’imiter la laque, d’autres recettes seront utilisées comme le verni Dagly en Belgique (à partir de 1680), ou le verni Martin en France (à partir de 1730).

Œuvres originales ou production d’export ?

Dès le XVIIIème siècle, l’engouement de l’Occident pour les laques chinoises a induit la création d’ateliers fabriquant exclusivement pour l’exportation. Cette mondialisation a souvent eu pour conséquence une baisse de la qualité et une standardisation des produits. C’est ce qui va devenir « chinoiserie » dans le langage dédaigneux et impérialiste du XIXème siècle en France. 

Au contraire, les meubles créés pour les Chinois, loin des centres commerciaux portuaires, ont conservé les méthodes traditionnelles et l’originalité de chaque meuble.

Ces meubles ont souffert, pendant un siècle, de modernisme iconoclaste, de négligences ; ils sont témoins du passé et du présent. 

Les laqueurs japonais disent « the bone, the flesh, the skin » ! 

« L’orme, la main, la laque ! » les ont magnifiés.

Buffet chinois laqué et restauré. Rue de Siam.

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